L’expérimentation animale en Chine

Voici une traduction d’un article récent publié sur le site militant Silent Voices.

A l’exception de quelques commentaires de Silent Voices, le principal intérêt de cet exposé (lui-même inspiré d’une contribution d’un acteur du marché de la vivisection) porte sur les informations et précisions fournies de manière analytique, et provivisection, du marché contemporain de l’expérimentation animale en Chine. La Chine, un pays qui fait désormais partie des leaders mondiaux en matière de sévices et d’actes de barbarie infligés chaque année à des millions d’animaux sans défense dans les laboratoires.

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L’expérimentation animale en Chine

Les Sciences et Techniques de l’Animal de laboratoire (STAL) ont trouvé un terrain idéal et un nouveau marché en Chine où elles se développent au même rythme trépidant que l’économie nationale. Conscientes du potentiel que représentent les animaux de laboratoire, la communauté scientifique et les autorités chinoises s’emploient à ménager les conditions financières et réglementaires pour favoriser les progrès en biomédecine et en biologie.

La Chine est désormais l’un des plus gros consommateurs d’animaux de laboratoire comme le prouvent tant le nombre (16 millions par an contre 12 millions dans les 27 pays de l’Union européenne) et la qualité accrus des animaux utilisés à des fins scientifiques (EOPS [exempts d’organismes pathogènes spécifiques] ou génétiquement modifiés) que la multiplication des publications de résultats d’expériences sur les animaux dans des revues internationales. Le secteur des STAL y attire par ailleurs un personnel diplômé de haut niveau, plus qualifié, qui accède à des postes à responsabilités ou de direction dans les établissements. En Chine, la recherche est dorénavant capable de produire pour la science des cochons miniatures, des poulets, des chiens et autres singes transgéniques et de lignée pure.

L’essor des STAL dans le pays a été encouragé par la mise en œuvre d’une série de mesures réglementaires et normatives que les autorités ont prises pour garantir la qualité des animaux de laboratoire et des activités associées. L’utilisation des animaux de laboratoire par les chercheurs s’est donc renforcée ces dernières années grâce au soutien économique, social et gouvernemental dont elle a bénéficié.

La Chine a déployé de gros efforts pour mettre ses animaleries et laboratoires de recherche en conformité avec les normes internationales et ambitionne de devenir prochainement un pôle de recherche d’envergure mondiale. Le pays revendiquant désormais le respect des normes AAALAC [Association internationale pour l’évaluation et l’accréditation du traitement des animaux de laboratoire] – l’accréditation AAALAC (www.aaalac.org/accreditedorgs/) a été accordée à 22 institutions chinoises –, un nombre toujours plus grand d’organismes de recherche et de sociétés pharmaceutiques du monde entier viennent investir en Chine dans des secteurs utilisateurs d’animaux.

La réglementation chinoise est chaque année adaptée pour répondre aux besoins de développement et relever les défis que posent la recherche, l’enseignement et les tests (utilisation d’animaux transgéniques, modèles animaux pour l’étude des maladies infectieuses, etc.), tandis que le SAC/TC281 [Comité Technique 281 de l’Agence chinoise de normalisation chargé des STAL] travaille sur de nouvelles normes nationales.

Il est hautement probable que la recherche, l’enseignement et les tests sur les animaux continueront de bénéficier en Chine de la faiblesse des coûts et de réglementations libérales, le tout à l’abri des menaces des militants pour les droits des animaux, et que la Chine deviendra à l’échelle internationale un « nouveau prestataire » en matière de sciences et de techniques basées sur l’animal.

Bref historique

Les animaux de laboratoire sont mentionnés pour la première fois en Chine en 1918, année où le Dr Changqing Qi élève des souris à des fins expérimentales. De nombreuses lignées animales ont été importées par la suite d’Inde, du Japon, du Royaume-Uni et des États-Unis. Lorsque le Parti communiste a pris le pouvoir en 1949, les STAL ont connu une courte période de développement rapide, les chercheurs chinois élevant de nombreuses lignées pures de souris de type C-1, TA-1, 615 et TA-2 (Staats 1985). La reprise de l’économie chinoise et la stabilité politique ont favorisé un nouvel essor des STAL dans les années 1980. Suite à la première Conférence nationale sur les STAL en 1982, le ministère chinois de la Santé a mis en place en 1983 une première réglementation dans ce domaine. En 1988, le ministère des Sciences et Techniques a posé les fondements de la responsabilité administrative pour les STAL en Chine à travers la Loi relative à la Gestion des animaux de laboratoire utilisés pour la recherche, l’enseignement et les tests. De nombreuses provinces, municipalités et régions autonomes ont ensuite adopté des lois similaires pour renforcer l’encadrement. Les établissements qui utilisent des animaux pour la recherche, l’enseignement ou des tests sont donc tenus de respecter à la fois des lois ou réglementations ministérielles (qui sont prioritaires) et provinciales. Des organisations scientifiques telles que CALAS (Association Chinoise pour les Sciences et Techniques de l’animal de laboratoire) jouent également un rôle clé en matière d’administration et d’élaboration de réglementation.

Bien-être animal

Première réglementation générale du pays sur le bien-être animal, la recommandation sur le traitement humain des animaux de laboratoire (publiée en 2006 par le ministère des Sciences et Techniques) a été complétée par quatre textes réglementaires. Ainsi, chaque établissement a l’obligation de créer un comité interne pour contrôler et évaluer les moindres aspects de ses programmes de prise en charge et d’utilisation des animaux. Ces recommandations décrivent par ailleurs cinq aspects relatifs au bien-être des animaux : exigences à caractère général, élevage, expérimentation, transport et méthodes. Des mesures efficaces doivent être prises pour épargner aux animaux de laboratoire toute blessure, soif et faim, inconfort, peur, souffrances prolongées, maladie et douleurs, et pour qu’ils bénéficient de conditions d’élevage et de soins vétérinaires appropriés dans un environnement propre et confortable, qu’ils aient accès à de la nourriture et à de l’eau en quantité et qualité suffisantes pour rester en bonne santé et s’adonner à leurs comportements naturels. L’établissement et l’environnement doivent être adaptés aux besoins comportementaux et physiologiques des animaux (ceux de grande taille, par exemple, doivent avoir assez de place pour s’ébattre ainsi que des jouets et du matériel enrichissant leur environnement). Les recommandations en vigueur mettent tout particulièrement l’accent sur la douleur et la détresse et appellent à appliquer la stratégie des 3R [réduction, raffinement, remplacement] à chaque étape de l’expérimentation animale. Une fois l’expérimentation terminée, la procédure d’euthanasie des animaux doit être appliquée en respectant des critères éthiques, ce qui est une première dans la législation chinoise.

Importation, exportation et transport des animaux de laboratoire

Les animaux de laboratoire importés à l’état de sperme pour l’élevage doivent être accompagnés d’un dossier complet sur leur pedigree et figurer dans l’une des banques nationales de sperme d’animaux de laboratoire administrées par le ministère des Sciences et Techniques. Une fois approuvée, l’importation peut suivre la procédure normale. La mise en quarantaine des animaux de laboratoire à l’importation et à l’exportation est régie par la Loi de la République populaire de Chine relative à la mise en quarantaine des animaux et végétaux à l’importation et à l’exportation (Congrès national du Peuple, 1991). Cette loi vise à empêcher que se propagent (à l’intérieur ou en dehors des frontières chinoises) des maladies infectieuses ou parasitaires d’origine animale, des insectes nuisibles, des mauvaises herbes, des maladies dangereuses pour la végétation et d’autres organismes nuisibles. En complément, le ministère des Sciences et Techniques prépare actuellement des mesures spécifiques relatives à l’importation et à l’exportation des animaux de laboratoire. Les cages servant au transport des animaux doivent être sécurisées, propres, normalisées et suffisamment aérées. Les animaux d’espèces, de lignées ou de catégories différentes ne doivent pas être transportés dans la même cage. Pour réduire le stress, tout doit être fait pour veiller au confort des animaux, surtout en cas de mauvais temps, et, si l’enfermement doit être prolongé, pour leur procurer des soins vétérinaires, de la nourriture et de l’eau. Les établissements ou les individus qui maltraitent des animaux de laboratoire se verront retirer leur agrément et auront interdiction d’être au contact des animaux.

Animalerie et équipements

La rapidité du développement économique de la Chine a rehaussé sensiblement en quelques décennies la qualité des animaleries et des équipements. La proportion d’environnements confinés atteint désormais 70% dans les provinces très développées, notamment à Pékin, Shanghai, Guangdong et Jiangsu. Si les environnements conventionnels restent fréquents dans la plupart des provinces, les environnements isolés se propagent avec l’usage de cages à ventilation individuelle ou d’ensembles de cages compartimentées à ventilation aspirante. De plus, de nouvelles sociétés, étrangères pour certaines, produisent des matériels pour ces laboratoires et offrent des équipements de meilleure qualité. La multiplication des investissements d’entreprises locales et étrangères contribue donc à renforcer la qualité des animaleries et des équipements.

Législation sur la protection des animaux

La diffusion par des chercheurs chinois, américains, britanniques et d’autres pays d’informations sur le sujet et les pratiques associées a donné à la protection des animaux en Chine un retentissement qu’est venue accentuer l’adoption de réglementations nationales. Le ministère des Sciences et Techniques et le guide Considérations éthiques et protection des animaux de laboratoire (édité en 2005 par le Bureau pour les Animaux de laboratoire de la municipalité de Pékin, BAOLA) remplissent les mêmes fonctions que le guide Prise en charge et utilisation des animaux de laboratoire publié en 1996 par le Conseil américain de la recherche (NRC) dont s’inspirent les normes d’accréditation d’AAALAC International. La plupart des chercheurs chinois sont favorables à la législation sur la protection des animaux et le ministère des Sciences et Techniques a subventionné des projets pour étudier et traduire la réglementation et les dispositions qu’appliquent en la matière les États-Unis, l’Europe, le Japon et l’Australie. La Chine étant  désormais membre de l’Organisation mondiale du commerce, la question de la protection des animaux peut constituer un obstacle aux échanges internationaux pour certains produits ayant trait aux animaux. Les autorités chinoises, qui se sont vivement intéressées au problème et ont invité experts et organisations à approfondir le sujet, soulignent que la protection animale et les marques d’affection envers les animaux font partie des traditions populaires chinoises. De nombreux établissements ont d’ailleurs érigé des monuments à la mémoire des animaux qui ont donné leur vie pour la science dans les laboratoires.

Quel espoir ?

« Dans le monde entier, la tendance est au remplacement des animaux pour les tests de toxicité. Mais les responsables politiques chinois n’ont pas assez porté attention au sujet », estime Peng Shuangqing, directeur du Centre d’évaluation et de recherche en toxicologie à l’Institut de contrôle et de prévention des maladies rattaché à l’Académie chinoise des Sciences médicales militaires. Il précise néanmoins que certains financements existent en Chine pour appuyer la recherche de méthodes de substitution à l’expérimentation animale, des études dont la plupart s’inscrivent toutefois dans des projets plus vastes explorant des instruments et méthodologies scientifiques. La recherche de méthodes de substitution à l’expérimentation animale pourrait amener à revoir l’ensemble des paradigmes de recherche du pays selon Peng Shuangqing, dont l’équipe travaille actuellement sur des approches sans animaux pour les études toxicologiques. Grâce au développement rapide de la génomique, de la protéomique, de la métabolomique, de la bioinformatique et aux approches informatiques et mathématiques, les chercheurs pourraient analyser avec une plus grande précision les risques potentiels que présentent certains produits chimiques pour la santé humaine et pour l’environnement. Des initiatives visant à évaluer les risques liés à quantité d’ingrédients cosmétiques ont déjà abouti par le passé et permis de remplacer directement certains tests sur les animaux.

Tester l’innocuité de nouveaux médicaments ou produits chimiques sur les animaux a longtemps été un paradigme de recherche classique. Cependant, face à l’ampleur que prennent les questions de bien-être animal dans les pays occidentaux, la Chine récupère une plus grosse part du marché de l’expérimentation animale. Chercheur au Centre d’inspection et de mise en quarantaine de Guangdong, Cheng Shujun estime que : « Nous devons impérativement mettre au point des méthodes de substitution. Il se peut que la Commission européenne refuse d’ici peu les données issues de l’expérimentation animale pour certains tests de toxicité de produits cosmétiques et chimiques. Certains points de la réglementation du programme REACH visent à réduire l’expérimentation animale mais ils n’ont pas d’incidence sur la plupart des entreprises chimiques chinoises. Mais, pour des produits chimiques exportés en tant qu’ingrédients cosmétiques, les fabricants chinois ont recouru à davantage de méthodes sans animaux pour se conformer à la réglementation européenne. Ce marché pèse tout de même 40 milliards de yuans (3,7 milliards de £) ». Pour Cheng Shujun, le système de réglementation chinois pose un gros problème pour la mise en œuvre de tests sans animaux. Concernant l’exportation de matières premières pour les ingrédients cosmétiques, les fabricants chinois doivent pratiquer deux séries de tests : des tests sans animaux pour le marché européen et des tests conventionnels sur animaux pour l’Administration nationale des aliments et des médicaments (SFDA), l’autorité de contrôle de l’industrie cosmétique chinoise qui n’accepte pas les données issues des tests sans animaux, ce qui ne fait qu’augmenter les coûts pour les fabricants. Cheng Shujun de conclure : « Mais la pression de l’industrie, qui est à l’écoute des demandes du marché international, finira bien par obliger les autorités réglementaires telles que la SFDA à s’adapter aux nouvelles normes [de tests sans animaux] ».

« Les animaux et les hommes sont différents. Comment peut-on raisonnablement déduire des doses testées sur les animaux la dose qui sera sans danger pour nous ? » Zhang Qiang, professeur de toxicologie à Pékin.

La faculté des Sciences et Techniques de l’animal de laboratoire de l’université Fudan fondée en 1905. Le terme « Fudan », qui signifie littéralement « (la lumière céleste qui brille) jour après jour », évoque une autonomie et un zèle inépuisables. Regroupant 28 écoles et facultés, l’université Fudan compte également 29 unités de recherche qui pratiquent l’expérimentation animale.

Photo du laboratoire de recherche animale de niveau de biosécurité 3 au centre d’Expérimentation animale de l’université de Wuhan, dans la province du Hubei.

Le niveau de biosécurité détermine les mesures de bioconfinement à prendre pour isoler des agents biologiques dangereux dans des installations closes. Il existe quatre niveaux de confinement, de BSL-1 (le plus bas niveau de biosécurité) à BSL-4 (le niveau le plus élevé).

Exemples d’expériences sur des animaux en Chine

Silent Voices a reçu des informations détaillées sur certaines expériences menées à la faculté des Sciences et Techniques de l’animal de laboratoire de l’université Fudan.

Les deux images choquantes ci-dessous montrent différentes étapes d’une expérience de transplantation de tumeurs humaines chez des souris nues.

Ci-dessous, deux photos d’inoculation à un singe de souches résistantes de Mycobacterium Tuberculosis pour déclencher une infection pulmonaire (centre d’Expérimentation animale de l’université de Wuhan, Hubei)