Grande-Bretagne – 1907 – Les émeutes du chien marron

Un peu d’histoire… histoire de comprendre où nous en sommes….

10 décembre 1907 : « Brown dog riots », les émeutes du chien marron

Mémorial érigé en 1906 en mémoire au chien marron

Il peut être surprenant de découvrir que la plus grande émeute, la plus controversée et aussi la plus violente qui se soit produite en Grande-Bretagne concernant le problème sensible des droits des animaux n’est pas récente, mais remonte à 1907. De plus, les protagonistes les plus véhéments et les plus remontés n’étaient pas ceux qui s’exprimaient en faveur des animaux, mais, au contraire, des étudiants en médecine qui défendaient leurs expériences scientifiques à la fois immorales, barbares et non réglementées. L’affaire en question, connue sous le nom de « Brown dog affair » ou « l’affaire du chien marron », a fait rage 7 ans durant et s’est révélée être l’incident le plus controversé de Londres à l’époque d’Edouard VII.

Tout a commencé en décembre 1902 lorsque deux militantes suédoises contre la vivisection pénétrèrent à l’intérieur de l’école de médecine du University College de Londres (UCL) et constatèrent la cruauté exercée envers un chien terrier marron en particulier. Pendant son cours, un professeur ouvrit l’abdomen de l’animal insuffisamment anesthésié afin que le chien soit privé de l’utilisation de son pancréas. Durant les deux mois qui suivirent l’intervention, le chien resta confiné dans une cage et laissa échapper de malheureux hurlements, ce qui bouleversa plusieurs membres du personnel de l’établissement. Puis, le chien fût ramené en salle de cours en février 1903. Etendu sur le dos sur une table d’opération, pattes et tête attachées et gueule muselée, il fut à nouveau ouvert afin que les étudiants puissent observer les résultats de l’expérience. Il fut ensuite passé à un autre professeur qui l’ouvrit à nouveau pour lui appliquer une stimulation électrique destinée à prouver que la pression salivaire était indépendante de la pression artérielle. Après une demi-heure de souffrances épouvantables pour l’animal, l’expérience fût considérée comme un échec et abandonnée. Le chien fût confié à un autre étudiant qui lui retira le pancréas puis libéra l’animal de ses souffrances en lui tranchant la gorge.

Lorsque les suédoises rendirent publique la souffrance prolongée et inhumaine infligée à ce pauvre chien sans nom, les chercheurs de l’UCL portèrent plainte pour diffamation, faisant remarquer qu’ils avaient respecté la loi. Ils remportèrent cette brève bataille, mais perdirent la guerre contre l’opinion publique, et le chien marron devint une cause célèbre.

En 1906, un mémorial fut érigé en hommage au pauvre animal à Latchemere Park à Battersea, dans la banlieue de Londres :

«  En mémoire du chien terrier marron, mort dans les laboratoires du collège universitaire en février 1903 après avoir subi des vivisections pendant plus de deux mois et après avoir été passé d’un vivisecteur à un autre jusqu’à ce que la mort vienne le délivrer. En mémoire des 232 autres chiens disséqués vivants dans les mêmes lieux en 1902. Hommes et femmes d’Angleterre – Combien de temps ces choses vont-elles durer ?

La statue et son message anti-vivisection plein d’audace devinrent un point de ralliement symbolique pour les activistes politiques. Cependant, les scientifiques et les étudiants en médecine haïssaient le chien de bronze qui avait jeté l’opprobre sur leur profession. Alors l’échec de tentatives légales destinées à enlever la statue, ces « anti-chiens » tentèrent de la détruire eux-mêmes, obligeant le conseil progressiste de Battersea à assurer une protection jour et nuit.

La polémique concernant le chien marron descendit jusque dans la rue, s’invita aux réunions publiques, fut relayée dans les journaux et abordée au Parlement. Elle atteignit son paroxysme au cours de la nuit du 10 décembre 1907 en donnant lieu à de violentes émeutes. Lors d’une manifestation délibérément prévue pour le même jour que le match de rugby annuel opposant les équipes universitaires d’Oxford et de Cambridge, les étudiants en médecine de l’UCL de Londres, accompagnés de leurs camarades d’Oxford et de Cambridge, tentèrent une fois encore de détruire la statue à l’aide de masse. Écartés par les habitants du quartier, les étudiants se dirigèrent vers Trafalgar Square en chantant l’air de la chanson « Little Brown Jug ».

Alors que nous marchons dans l’obscurité
Nous nous dirigeons vers Latchemere Park
Que voyons-nous là-bas à notre surprise ?
Un petit chien marron bien debout sur ses pattes
Ha, ha ,ha ! Oh, Oh, Oh !
Le petit chien marron que nous détestons tant

Alors que plus de 1000 manifestants anti-chien s’étaient rassemblés autour de la colonne de Nelson, la police montée chargea la foule et arrêta les meneurs, parmi lesquels un étudiant en licence de Cambridge qui « aboyait comme un chien ».

Durant les jours et semaines qui suivirent, de nombreuses émeutes éclatèrent. Certains défenseurs des animaux furent identifiés par des gangs anti-chien et furent victimes de violences. Les réunions syndicales et celles des suffragettes furent régulièrement prises d’assaut par des étudiants en médecine qui aboyaient et criaient «A bais le chien marron !». Les troubles se poursuivirent jusqu’au 10 mars 1910 durant la nuit, lorsque le nouveau conseil municipal décida de retirer en pleine nuit la statue en raison des coûts de sécurité de plus en plus élevés.

Les émeutes du chien marron ont été déclenchées par des élitistes, pas seulement dans l’intérêt de leur profession, mais en raison de leur croyance quasi-religieuse et erronée que la science est régie par son propre code moral. La quête de la connaissance pourra-t-elle toujours justifier des pratiques barbares et inhumaines ? Plus d’un siècle plus tard, la pratique répugnante et inutile de la vivisection, de la torture en somme, se poursuit toujours.

Hommes et femmes d’Angleterre, combien de temps ces choses vont-elles durer ? Comme l’a dit Mahatma Gandhi,

La grandeur d’une nation et ses progrès moraux peuvent être jugés par la manière dont elle traite les animaux

Un ouvrage à lire aussi : La cause animale