Expérimentation animale : guérir les souris plutôt que les malades

A l’heure où sévit toujours et encore plus la propagande pour le « modèle animal » et où la dernière trouvaille à la mode est l’animal avatar de votre santé, voici la traduction d’un article intéressant de deux personnes qui s’opposent à l’expérimentation animale pour des raisons scientifiques et éthiques.

Un texte à diffuser sur vos tables et stands d’information contre la vivisection

Source Animal research: curing mice instead of people (c) Straight.com

Expérimentation animale : guérir les souris plutôt que les malades

expérimentation animale : guérir les souris plutôt que les malades

Test d’un vaccin sur une souris « de laboratoire »

Un article de John Pranger et Anne Birthistle*

« Nous savons parfaitement traiter le cancer chez les rats et chez les souris, mais nous ne savons toujours pas guérir les gens. » Professeur Colin Garner cité dans un article de Genetic Engineering and Biotechnology News, 2007.

L’arrivée récente à Toronto de 60 singes destinés aux laboratoires braque à nouveau les projecteurs sur le secteur de la recherche et du développement au Canada.

Alors même que l’utilisation d’animaux pour la recherche médicale ou pour les tests de toxicité recule dans d’autres pays (qui jugent ces pratiques inefficaces), plus de 3,3 millions d’animaux ont été soumis à des expériences dans des établissements publics canadiens en 2010 (année des derniers chiffres disponibles). Cette augmentation de plus d’un million d’animaux en l’espace de 2 ans prouve que le Conseil canadien de protection des animaux en science (CCPA1) a échoué dans sa mission de promouvoir la stratégie des 3 R [réduction, raffinement, remplacement] pour limiter progressivement le recours à l’expérimentation animale. De plus, 4% des animaux ont été soumis en 2010 à des procédures entraînant des douleurs sévères, « proches du, équivalant ou supérieures au seuil de tolérance de la douleur que des animaux conscients et non anesthésiés peuvent supporter » (procédures invasives de niveau E).

Ainsi, plus de 132 000 animaux ont été exposés de manière prolongée à des douleurs intolérables par des scientifiques canadiens. Et ces statistiques ne concernent que les établissements qui relèvent du CCPA, puisque les organismes privés ne sont pas tenus de suivre les recommandations du CCPA ni de révéler comment ils utilisent les animaux.

Cette situation déplorable est d’autant plus inacceptable que, manifestement, l’utilisation d’animaux n’a en rien fait progresser la médecine humaine, malgré toutes les déclarations du contraire.

Comme on peut le lire dans l’article « Qu’est-ce qui prouve que l’expérimentation animale est bénéfique pour l’homme ? » publié en 2004 par le British Medical Journal : « L’opinion publique tient généralement pour une évidence que l’expérimentation animale a permis de traiter les maladies humaines. Et pourtant, très peu d’éléments permettent d’étayer ces affirmations ».

Après plus de 150 ans de recherches sur les animaux, dans lesquelles des milliards d’animaux littéralement ont été utilisés et des milliards de dollars d’argent public ont été investis, et la publication régulière d’articles affirmant que ce type de recherche est bénéfique pour l’homme, cette révélation a de quoi surprendre.

L’un des dogmes les plus tenaces de la médecine occidentale est que l’espérance de vie a augmenté grâce à l’intervention de la médecine, aux médicaments, aux antibiotiques et autres vaccins, plutôt qu’aux réformes de la société. Ce n’est pourtant pas l’adoption de traitements spécifiques qui a permis d’allonger la durée de vie, mais l’introduction (ou la réintroduction) de mesures sanitaires et d’hygiène, l’installation de réseaux d’égouts et de distribution d’eau potable dans les villes (qui ont éliminé des sources de contagion et d’infection), auxquelles se sont ajoutés une meilleure alimentation et des logements plus salubres – et ce, un demi-siècle avant les premières campagnes de vaccination de masse.

De même, on parle peu des dégâts considérables de l’expérimentation animale sur la santé humaine. Les expérimentateurs reçoivent des milliards de dollars d’argent public et de dons pour mener des expériences qui, selon d’éminents chercheurs, ne font que gêner et entraver les progrès de la médecine. Des médecins, chirurgiens et scientifiques opposés à la vivisection dénoncent depuis longtemps l’absence de valeur scientifique des études réalisées sur les animaux – mais ils n’ont pas obtenu jusqu’ici beaucoup de résultats.

Les atteintes à la santé humaine revêtent différentes formes, allant des dommages les plus visibles provoqués par des médicaments dangereux qui ont pourtant donné de bons résultats dans les tests sur les animaux, à des formes plus subtiles, comme cette tendance au tout médical que l’expérimentation animale aide à promouvoir. Selon la FDA2, 92 % des traitements dont l’innocuité et l’efficacité ont été avérées dans le cadre de tests sur des animaux se sont révélés dépourvus d’innocuité et d’efficacité chez l’homme. Autant dire qu’on aurait plus de chances en jouant à pile ou face !

De l’Opren3 au Fen-Phen4, de la Thalidomide au Vioxx (qui a été retiré du marché en 2004 après avoir probablement tué plus de 100 000 personnes alors que son « innocuité » avait été testée sur des singes et d’autres espèces), le nombre des victimes des médicaments est une dénonciation cinglante de la place que nous avons laissé prendre à la science officielle, alors même que des méthodes scientifiques plus fiables, plus efficaces, sans animaux et sans cruauté restent reléguées au second plan.

Des traitements majeurs tels que le chloroforme ou la pénicilline ont failli être abandonnés parce qu’ils n’étaient pas efficaces sur les animaux. Nul ne sait vraiment combien de traitements possibles ont été écartés à cause de leurs mauvais résultats sur l’animal. Les différences, même les plus infimes, entre les espèces peuvent rendre les données obtenues sur une espèce inapplicables pour une autre. Ce n’est pas en créant artificiellement des tumeurs chez un animal placé dans des conditions tout aussi artificielles que l’on parviendra à comprendre des cancers d’apparition spontanée chez l’homme. Thomas E. Wagner, chef de laboratoire à l’institut de Biotechnologie Edison (Université de l’Ohio), a exprimé ainsi son exaspération en 1998 : « Dieu sait que nous avons guéri des souris de toutes sortes de tumeurs. Mais ça n’est pas de la recherche médicale pour autant ».

Il n’est pas possible de reproduire l’arthrite humaine par des expériences qui tentent de « recréer » artificiellement la maladie en broyant ou en écrasant au marteau les articulations des animaux. Empoisonner le cerveau de singes pour simuler la maladie de Parkinson ne fait que provoquer des symptômes de type Parkinson – et toute la tragédie qu’ils induisent chez l’homme – chez des singes immobilisés et terrifiés. Une telle méthode ne parviendra jamais à reproduire véritablement la maladie de Parkinson. Les progrès techniques ont permis de développer des approches plus pertinentes et centrées sur l’homme pour traiter ces pathologies et d’autres maladies humaines. Ce sont précisément ces approches qu’il faut adopter si nous voulons vaincre les maladies humaines.

La recherche actuelle sur les maladies dégénératives vise essentiellement à mettre au point des principes actifs de synthèse, brevetables, qui suppriment les symptômes à long terme mais qui ne guérissent pas le patient. Le malade se voit souvent prescrire un « cocktail » médicamenteux dont la seule vocation est de contrer les effets secondaires du traitement principal. Le médecin israélien Arie Brecher explique : « Les données fournies par l’expérimentation animale n’apportent que des indications très approximatives de la façon dont l’homme réagira dans des circonstances similaires. Mais cette approche n’est pas scientifique : c’est de la loterie. Pourtant, on ne peut pas jouer avec la santé et la vie… Le jour où il a été décidé de baser sur le modèle animal l’élaboration des médicaments a été un bien triste jour pour l’humanité : les gens ont commencé à tomber malades et à mourir à cause de leur traitement. Nous sommes alors entrés dans une nouvelle ère de la médecine, celle des maladies iatrogènes, provoquées par les médecins et les médicaments. Aux États-Unis, un million et demi de personnes au moins sont hospitalisées chaque année après avoir pris des médicaments et beaucoup en meurent. Pour la première fois dans l’histoire, la médecine déclenche des catastrophes au lieu de guérir des maladies. »

Malgré des annonces répétées de « grandes découvertes médicales imminentes » et de soi-disant « pilules miracles », notre état de santé ne va pas en s’améliorant. En 2010, les dépenses de santé au Canada ont atteint près de 200 milliards de dollars, en augmentation d’environ 5 % sur un an, menaçant d’étrangler les budgets provinciaux. Les millions de dollars attribués chaque année sous forme de subventions gouvernementales à des recherches impliquant notamment des expériences sur les animaux grèvent les ressources publiques et détournent des fonds qui devraient être alloués aux soins aux patients et à la recherche clinique. Pire encore, les chercheurs sur les animaux décident eux-mêmes quelles demandes de subventions seront financées : grâce au système d’évaluation par leurs pairs, les vivisecteurs déposent des propositions au titre des offres de subventions et siègent au sein même des commissions qui les accordent. Dans n’importe quel autre secteur, ces conflits d’intérêts et le défaut associé d’analyse coûts-bénéfices seraient tout simplement inimaginables. Dans le monde auto-géré de l’expérimentation animale, ils sont pratique courante.

En plus des subventions gouvernementales aux frais du contribuable, la recherche sur les animaux bénéficie de la générosité privée. Cet argent est donné par des gens bien intentionnés qui croient très sincèrement qu’il sera employé utilement, dans l’espoir que leurs dons permettront de mettre au point un traitement pour lutter contre telle ou telle maladie. Ils ne savent pas toujours que leur argent sert à financer des expérimentations animales souvent étranges, généralement répétitives, toujours cruelles et tristement inefficaces.

En qualité de consommateurs de prestations médicales et de contribuables, nous avons parfaitement le droit de dénoncer la mauvaise gestion de notre santé et de demander pourquoi nos besoins en la matière ne sont pas prioritaires. Notre argent a permis à l’industrie de la recherche biomédicale de constituer un système totalement auto-géré et auto-réglementé. Nous devons impérativement exiger des pouvoirs publics que l’expérimentation animale soit remplacée immédiatement par une recherche valable qui nous permettra de bâtir une société saine et – naturellement – humaine.

Une citation de George Bernard Shaw, célèbre opposant à la vivisection : « Les atrocités commises dans les laboratoires au nom de la recherche médicale n’en restent pas moins des atrocités. Nous versons aux expérimentateurs sur les animaux des sommes colossales pour découvrir pourquoi nous mourons du cancer à un rythme aussi effrayant et quoi faire pour l’éviter. Avec cet argent, ils se procurent d’innombrables souris avec lesquelles ils jouent dans leurs laboratoires. Au bout de quelques années, où ils ont développé en eux-mêmes l’esprit de la souris, ils nous annoncent qu’ils savent désormais provoquer un cancer chez la souris et qu’ils ont découvert un microbe plutôt inoffensif qui, néanmoins, dans certaines conditions qu’ils ne savent pas vraiment définir, semble caractéristique du cancer. À qui viendrait l’idée d’arracher les vibrisses d’une seule souris pour parvenir à un résultat aussi pitoyable ? ».

Pour sa part, Jane Goodall dénonce ouvertement l’expérimentation animale comme une « trahison de la méthode scientifique ».

John Pranger et Anne Birhtistle sont directeurs de la Société pour la défense des animaux et contre la vivisection de la Colombie Britannique5.

1 Canadian Council on Animal Care (CCAC) – Conseil canadien de protection des animaux en science (CCPA)

2 Food and Drug Administration

3 Anti-inflammatoire non stéroïdien d’Eli Lilly retiré du marché 5 mois après sa commercialisation en Grande-Bretagne et dénommé Oraflex ailleurs (NdT)

4 Fen-Phen : commercialisé par Servier en Europe (NdT)

5 Animal Defense and Anti-Vivisection Society of B.C.