Encourager l’éducation au véganisme

Ronnie Lee : Encourager l’éducation au véganisme

Article original publié sur le 14 octobre 2019 sur le site VegFest UK, le plus important organisateur d’événements vegan au Royaume-Uni.

Au cours du huitième épisode de la série d’articles de blog intitulée « And If You Know Your History… » (« Connaissez-vous votre Histoire ? »), Dr Roger Yates de Vegan Information Project parle de l’investissement de Ronnie Lee, militant pour les droits des animaux principalement connu pour avoir été le porte-parole du Front de Libération des Animaux (ALF – Animal Liberation Front), un mouvement britannique créé en 1976.

En 1969, Margaret, la mère de Ronnie, réagit plutôt mal à l’annonce que lui et sa sœur allaient devenir végétariens. Elle leur rétorqua d’aller brouter l’herbe dans la cour parce que la pelouse avait besoin d’être tondue. Comme on pouvait s’y attendre, l’adoption d’un mode de vie vegan par Ronnie en 1972 a encore aggravé les choses avec sa mère.

Il est intéressant de noter que Ronnie a adopté un régime alimentaire végétalien assez rapidement, contre l’avis-même de la Vegan Society dont il avait lu un article dans le magazine de la Vegetarian Society qui parlait de différents groupes militants dont la British Union for the Abolition of Vivisection (BUAV), la League Against Cruel Sports (LACS) et les vegan en général. Ronnie a d’ailleurs rejoint ensuite toutes ces organisations. C’était la première fois que Ronnie entendait parler du terme « vegan » en lisant cet article. Alors qu’il y découvrait les violations des droits des animaux pour la production de produits laitiers et des œufs, il raconte avoir été bouleversé au plus profond de lui-même par l’intensité de l’exploitation animale liée à l’alimentation des végétariens. C’est ainsi qu’il déclare :

« Une fois que vous en êtes conscient, vous savez que vous devez procéder à un changement de vie beaucoup plus fondamental, comme je l’ai éprouvé. »

L’article de la Vegan Society avançait des arguments pour devenir végétalien qui ont interpellé Ronnie tandis qu’en termes de régime alimentaire, ce texte expliquait qu’il était préférable de changer progressivement son alimentation. Ronnie a essayé pendant quelques jours en réduisant la quantité de lait de vache (aliment pour les veaux) par-ci et de ne pas manger d’œuf par-là, mais il trouvait cela trop compliqué et il s’est donc lancé en annonçant à sa mère qu’il était maintenant vegan !

Elle déclara alors que son fils était « devenu fou » et prédisait, sur un ton on ne peut plus sérieux, que Ronnie ne survivrait pas un an après avoir adopté un régime entièrement végétal. Comme s’en souviennent ceux qui ont lu les précédents blogs de cette série Vegfest Express, c’est précisément ce que les pionniers du mouvement vegan des années 1940 s’entendaient dire. Margaret Lee était suffisamment inquiète pour que, dix jours après le début du véganisme de son fils, Ronnie découvre que sa mère avait cassé un œuf dans son plat en déclarant qu’elle était déterminée à maintenir son fils en vie.

Après avoir résolu cet acte de sabotage culinaire, Ronnie s’est investi auprès des Hunt Saboteurs, surtout après avoir vu un reportage à la télévision sur des chasseurs à cheval qui donnaient des coups de fouet aux « saboteurs » qui tentaient de sauver un renard. Pour « saboter » une chasse au renard, il est notamment possible de déposer une couverture sur laquelle est pulvérisée de l’huile essentielle de citronnelle, de souffler dans des trompettes pour éloigner les chiens des chasseurs ou encore d’appeler fort ou de crier afin d’obtenir le même effet. Tout cela amène inévitablement les saboteurs à être en contact étroit et à se confronter avec les chasseurs et les suiveurs à pieds et en voiture. Ronnie a également participé à des perturbations de la chasse à la loutre en se rendant physiquement dans les rivières et parmi les chasseurs, ce qui entraînait alors des affrontements de manière inévitable. Ronnie relâchait également les poissons que des pêcheurs à la ligne maintenaient prisonniers dans des bourriches à l’époque où la Ligue contre les sports cruels (LACS) tentait de faire interdire la chasse avec des meutes de chiens. La LACS et les saboteurs de chasses n’étaient d’ailleurs pas d’accord sur la question de savoir si la pêche était un sport sanglant, ne serait-ce que tactiquement, tout simplement parce que la LACS estimait que soulever la question de la pêche « trop tôt » risquait de compromettre le mouvement.

Les vegan d’aujourd’hui doivent avoir conscience que dans les années 1970, 1980 et même jusqu’au milieu des années 1990, le véganisme n’était pas encore la base morale du mouvement de défense des animaux. Ainsi, ayant pour objectif de faire interdire la chasse avec des chiens, la Ligue contre les sports cruels était prête à faire pression sur les députés dans le cadre d’un dîner en version steak animal financé par la LACS. L’« interdiction » actuelle de la chasse à courre en Angleterre, au Pays de Galles et en Écosse a été initié par un projet de loi d’initiative parlementaire présenté par Michael Foster, un député connu pour s’adonner à des parties de pêche et qui avait défendu devant les tribunaux un père et son fils accusés d’avoir pêché sans permis.

Lorsque Ronnie a rejoint les saboteurs de chasses de Northampton dans les années 1970, il s’est rapidement rendu compte qu’il était le seul vegan du groupe. Il a constaté que la situation était à peu près la même dans tous les autres groupes qu’il avait rejoints.

Les personnes qui dirigeaient des associations faisant campagne contre l’expérimentation animale, le commerce de fourrure et la chasse étaient des mangeurs de viande. Ils brandissaient une pancarte d’une main tout en mangeant un sandwich au poulet de l’autre.

Même lorsque, à partir des années 1980, le concept des droits des animaux s’est développé au sein du mouvement pour les animaux, de nombreuses personnes qui travaillaient pour de grandes organisations sont alors devenues végétariennes, végétaliennes ou voire vegan, sans que cela change pour autant l’orientation de leur association concentrée sur des campagnes mono thématique et dont le but était souvent de réformer la réglementation relative au bien-être animal.

Ronnie s’est donc mis à véganiser son groupe de saboteurs, qui plus est avec succès. Cependant, il en a eu assez du sabotage traditionnel car il était particulièrement frustré que l’on ne puisse pas faire grand-chose contre la chasse aux renardeaux lorsque les chasseurs encerclaient un petit bois et qu’ils lâchaient des chiens de chasse novices avec des chiens expérimentés pour tuer les renardeaux et leur donner ainsi le goût de la chair de renard.*

Selon Ronnie et quelques amis proches, Il valait bien mieux empêcher les chiens de chasse de sortir de leur chenil les jours de chasse. C’est alors qu’ils cofondèrent le groupe Band of Mercy [du nom d’une « section de la jeunesse militante de la RSPCA (SPA britannique) du 19ème siècle et dont une traduction libre pourrait être « Bande de la miséricorde »] et qui s’est alors affairée à crever les pneus des véhicules de chasse, à enlever les valves pour empêcher que les pneus soient regonflés et à coller les serrures des portières. Tout cela remonte à 1973 et, en l’espace de trois ans, en élargissant son activité bien au-delà de la chasse, la « Bande de la miséricorde » devint le Front de Libération des Animaux (ALF), un mouvement qui allait entrer dans l’histoire.

Tant la « Bande de la miséricorde » que le Front de Libération des Animaux avaient une politique stricte de non-violence et déclaraient qu’aucune action ne devait nuire à un animal non-humain ou humain. Au fil des ans, l’ALF, qui se décrivait « moins comme une organisation qu’un état d’esprit » a libéré des dizaines de milliers d’autres animaux et a causé des millions de livres sterling de dégâts aux « industries utilisatrices d’animaux » comme les appelait Tom Regan, philosophe et militant américain pour les droits des animaux. Cependant, l’État britannique a fini par réagir à la montée en puissance d’actions directes illégales avec environ 6 actions par nuit en Grande-Bretagne à l’apogée du mouvement dans les années 1980 et Ronnie a été en 1986 au cœur d’un procès-spectacle impliquant de membres de l’ALF ayant pris part à des actions directes illégales et des personnes ayant représenté l’ALF en tant que contacts pour les médias et porte-paroles. À cette époque, Ronnie était le porte-parole national de l’ALF SG, le groupe de soutien de l’Animal Liberation Front. Il fut alors condamné à dix ans de prison ferme et avec le statut de détenu de catégorie « A » pendant un certain temps car présentant le niveau de dangerosité le plus élevé au sein du système carcéral. C’était la troisième fois que Ronnie allait en prison et sur les 14 ans prononcés à son encontre en trois peines de prison distinctes, il a passé 9 ans derrière les barreaux pour s’être battu pour d’autres animaux.

Ronnie est un homme modeste et ne fait pas étalage de son passé militant. Et ce bien au contraire d’autres vedettes du mouvement pour les animaux qui sont parvenues à convaincre beaucoup de personnes qu’ils ou elles sont ou ont été les « plus actives de tous les militants pour les animaux », même si elles n’ont passé en tout que 11 semaines en prison dans le cadre d’une courte peine de six mois.** Ronnie déclare qu’aujourd’hui encore des militants sont souvent très surpris, voire choqués, d’apprendre qu’il a passé tant d’années en prison pour les animaux.

Revenant sur l’époque où il était engagé dans l’ALF et à la lumière de son investissement actuel dans des projets et événements à caractère éducatif en faveur du véganisme, Ronnie déclare que l’ALF était animée par une « mentalité guerrière ». C’était « les libérationnistes d’animaux contre les exploiteurs d’animaux ». Il n’y avait pas d’interaction avec le public. Et, dans une certaine mesure, les porte-paroles de l’ALF étaient censés combler ce fossé entre le public et les militants pratiquant l’action directe pour les animaux. Cependant, Ronnie dit que cela n’a pas vraiment marché et que le bureau de presse de l’ALF a tenté d’éduquer le grand public par l’intermédiaire des médias de masse tout en reconnaissant qu’un changement culturel était nécessaire. Cependant, il était difficile de faire passer un message d’une quelconque valeur éducative lorsque les journalistes étaient surtout intéressés de définir l’ALF comme un groupe terroriste tout en s’interrogeant sur les prochaines « exactions » que l’organisation allait commettre. Ronnie explique « qu’on ne peut pas trop compter sur les médias pour faire passer le message ».

Il raconte que l’ALF a épargné de nombreuses vies, bien sûr, en sauvant des animaux des laboratoires de vivisection et des élevages, mais que ce mouvement a échoué à expliquer les valeurs qui le poussaient à pratiquer l’action directe.

Je suis sorti de prison en me disant qu’il me serait difficile de participer désormais à des actions directes illégales… J’ai donc commencé à envisager de sortir dans la rue et de faire des stands pour sensibiliser le public au sort des animaux. Ce fut difficile pour moi au début parce que je n’avais jamais beaucoup été au contact des gens. Mais j’ai pris confiance en moi en commençant par aider des personnes qui faisaient déjà des stands de rue, ce qui m’a finalement permis d’en organiser et d’en tenir moi-même.

Sur ce point, Ronnie dénonce aussi un fléau, à savoir le manque de militants actifs au sein de la communauté vegan. Cependant, il ajoute qu’il est également important que le mouvement dispose de plus d’organisateurs au sein de la communauté militante. Participer à des événements organisés par d’autres est une chose, mais en organiser soi-même en est une autre.

« Il est capital de sensibiliser les gens à devenir vegan sachant que les seules personnes pouvant éduquer les autres à le devenir sont les vegan eux-mêmes. Mais, malheureusement, assez peu de vegan s’impliquent activement dans des actions de sensibilisation. J’essaie tout le temps d’encourager les vegan à se bouger pour sensibiliser le public. »

Ronnie pense que les stands de rue doivent être attractifs et accueillants afin que les passants n’hésitent pas à s’approcher. Pour ce qui est des stands et des activités au niveau local, il explique que les médias peuvent jouer un rôle, en particulier les médias locaux. En outre, il est important de s’intéresser aux médias communautaires.

« À moins qu’un grand nombre de personnes lambda ne rejettent le spécisme, c’est-à-dire rejettent le suprémacisme humain et ne deviennent vegan, nous ne parviendrons pas à obtenir la libération des animaux. »

Grand amateur de salons vegan locaux, Ronnie déclare que même si ces événements sont de faible envergure, ils peuvent être très bénéfiques à la cause vegan. Il affirme aussi qu’en renfort des grands événements nationaux et régionaux de ce genre, les salons vegan locaux sont plus productifs lorsqu’ils attirent un grand nombre de non-vegan. Encore une fois, cela remet l’éducation du public au cœur des débats. En effet, plutôt que de se limiter à faire du prosélytisme au sein de la sphère vegan sur les médias sociaux, par exemple, Ronnie estime que faire du « porte-à-porte » en distribuant systématiquement des tracts annonçant des salons vegan locaux est absolument crucial. Ronnie a participé à et organisé de nombreuses distributions de tracts en ciblant méthodiquement les habitations et voies d’accès attenantes à des salons vegan locaux avec l’objectif que chaque foyer reçoive un tract. Afficher des annonces dans des magasins a également toute son importance.

Selon lui, ces actions simples permettent de toucher des personnes pas forcément présentes sur les médias sociaux et il souligne que ces événements ne sont pas spécialement réussis s’ils regroupent surtout des vegan qui se parlent entre eux. Il faut que le public non vegan s’y rende pour découvrir l’alimentation végétale sous la forme de dégustation ainsi que les arguments en faveur du véganisme. C’est pour cela que Ronnie estime qu’il est important que le prix d’entrée de ces salons vegan locaux soit le plus bas possible. Il déclare qu’avec des frais d’entrée peu élevés, des associations locales et des événements fréquents, les personnes qui ne sont pas vegan viendront.

Ronnie estime aussi que les militants pour la libération des animaux doivent nouer des contacts et des alliances opportunes avec d’autres mouvements pouvant partager des valeurs vegan, ou du moins rester ouverts envers ces derniers. À cette fin, il a travaillé avec l’antenne locale du parti écologiste britannique Green Party et joué un rôle de premier plan au sein du groupe Politique et animaux de ce parti jusqu’à élaborer des projets visant à l’abolition des courses de lévriers, une préoccupation de longue date. Il a aidé les Amis de la Terre dans le cadre d’une campagne de protection des abeilles en plus d’encourager le développement de nombreux groupes locaux en faveur des animaux. En 2012, Ronnie a réalisé toute la documentation pour la marche de la Journée Mondiale des Animaux dans les Laboratoires qui a été organisée cette année-là. Il a également souvent pris la parole lors de tels événements. Aujourd’hui, ces événements attirent généralement entre 300 et 700 manifestants alors que Ronnie et son épouse et collègue militante Louise Ryan se souviennent d’une époque où ces manifestations réunissaient 10 000 voire 20 000 personnes.

Le message de Ronnie, qui admet que des compromis doivent être faits, est que le mouvement pour les animaux n’ira pas très loin s’il reste trop isolé et distant des autres mouvements sociaux radicaux.

« Le mouvement pour la libération animale est généralement assez isolé des autres mouvements œuvrant pour un changement radical et progressif, mouvements avec lesquels nous devons faire des alliances si nous voulons créer un monde décent pour tous ses habitants, tant humains que non-humains. Cette forme d’isolationnisme est contestée avec beaucoup d’éloquence par le Dr Steve Best dans son excellent discours sur la libération totale. »

C’est le discours auquel Ronnie fait allusion…

Ronnie est présent sur les médias sociaux via sa propre page personnelle et à travers un groupe Facebook appelé « Encouraging Vegan Education » (« Encourager l’éducation au véganisme »).

* C’est l’une des raisons pour lesquelles les chasseurs appellent les chiens de meute des paires ou des couples. Ils utilisent souvent un collier spécial qui attache littéralement un chien de chasse novice à un animal expérimenté qui traîne le novice jusqu’à ce qu’il ou elle comprenne. Les chasseurs ont pris l’habitude de compter les chiens de meute par couple et vont jusqu’à dire, par exemple, 41 chiens de meute ou « vingt couple et demi ».

** et 65 heures de travaux d’intérêt général. M.i.l.i.t.a.n.t quoi !

Sources

Ronnie Lee évoque sa biographie ici https://ohnhrpodcasts.blogspot.com/2017/10/ohnhr-podcast-39-ronnie-lee-talks-about.html

Titre de la biographie de Ronnie Lee : « The Animals’ Freedom Fighter: A Biography of Ronnie Lee, Founder of the Animal Liberation Front. Jon Hochschartner (2017). Une copie numérique de l’ouvrage est téléchargeable ici : http://tinyurl.com/RonnieBioPDF

« Ronnie Lee: Vegan-Based Campaigning is NEW! » On Human Relations with Other Sentient Beings  (2015) – https://onhumanrelationswithothersentientbeings.weebly.com/the-blog/ronnie-lee-vegan-based-campaigning-is-new

« Animal Warfare: The Story of the Animal Liberation Front ». David Henshaw (1989).

« Animal Century: A Celebration of Changing Attitudes to Animals ». Mark Gold (1998).

« Terrorists or Freedom Fighters? Reflections on the Liberation of Animals. » (eds.) Steve Best & Anthony Nocella II (2004).

Tous les articles de blogs de la série “And if you know your history…”

Introduction – “And If You Know Your History…” a new series looking at the History of the Vegan Movement

1ère partie  – The Difficult and Argumentative Birth of the Vegan Social Movement

2ème partie  – The Best Known of the Co-Founders of the Greatest Cause on Earth, Donald Watson

3ème partie  – The Focus, the Scope, and the Dream of a Vegan Future. The Vision of Leslie Cross

4ème partie  – The Women Pioneers of the Movement: Rarely Out of the Shadows

5ème partie  – Kathleen Jannaway: Planting Seeds and Trees the Vegan Way

6ème partie  – Let’s All Sing to Arthur Ling, The Plamil King!

7ème partie  – Tom Regan: Rights-Based Animal Rights – or “there ain’t no rights in animal rights.”

8ème partie – Ronnie Lee: Encouraging Vegan EducationEncourager l’éducation au véganisme »)